Analyse des décès liés à la Covid-19 au Québec

Vincent Morin, professeur en finance au Département des sciences économiques et administratives

Le texte qui suit est basé sur l’analyse que j’ai réalisée, par pur intérêt personnel, des données de surmortalité hebdomadaire au Québec entre 2020 et 2022. Toutes ces données peuvent être retrouvées sur le site de l’Institut de la statistique du Québec (1). Je ne prétends pas être un expert de l’analyse de ces données et encore moins un spécialiste en santé. C’est donc sans aucune prétention que je vous partage le fruit de mes petits calculs faits sur Excel. Le but de mon texte n’est pas de porter un jugement sur la gestion de la crise sanitaire mais plutôt de voir l’impact que la pandémie a eu sur le taux de décès au Québec. Il serait intéressant d’analyser plein d’autres variables comme le nombre de personnes hospitalisées ou le nombre de personnes souffrant de symptômes de Covid longue.

Avant de présenter mes principales analyses, je tiens à expliquer un peu ce que j’ai fait. Toutes les données qui ont servi à mes conclusions ont été directement prises sur le site de l’Institut de la Statistique du Québec. On peut donc y retrouver, pour chacune des semaines depuis le début 2020, le nombre de décès attendu, la surmortalité estimative ainsi que la surmortalité en pourcentage. Ces données peuvent être obtenues par tranche d’âge, par genre et on peut même comparer les données avec le reste du Canada et même certains pays dans le monde. Bref, si cet article vous parle, je vous invite à aller visiter le site que je vous donne en référence. Vous y trouverez plusieurs graphiques et données avec des mises-à-jour fréquentes. Seul petit inconvénient, les données ne sont pas encore tout à fait à jour. Elles arrêtent présentement au 13 août 2022.

Je ne suis pas un expert en démographie, mais j’aurais tendance à croire l’Institut quand il affirme que la surmortalité est la meilleure façon de mesurer le nombre réel de décès liés à la pandémie (2). Pour ce faire, on calcule simplement le nombre de décès total pour une période, par rapport à ce qui est normalement attendu (avant la pandémie). Si vous doutez de ces chiffres ou si vous croyez que toutes ces données ne sont qu’un vaste complot pour valider la gestion sanitaire du Québec, vous pouvez arrêter de lire ici. Mon but, je vous l’ai dit, est simplement d’analyser les chiffres qui sont disponibles sur Internet et de tirer les mêmes conclusions toutes simples que vous auriez pu tirer en analysant ces mêmes chiffres. En fait, prenez cela simplement comme une bonne batch de sucre à la crème que je vous offre. Rien de compliqué à faire : je vous la partage simplement. À vous de voir si vous avez envie de sucre à la crème!

Le plus gros de mon travail d’analyse a été de prendre les tableaux disponibles sur le site, de les copier dans Excel et de faire des sommes et des moyennes. En tout, je dois dire que ça m’a pris un gros deux heures de travail. Aussi simple que du sucre à la crème. Si vous voulez, je vous donne ma recette et même, moyennant un petit courriel sympathique, je vous transmets mon fichier Excel.

Premier constat, si on regarde la période du 1er janvier 2020 au 13 août 2022, la surmortalité totale estimée est de 7200 personnes (j’ai arrondi à la centaine la plus proche pour alléger le texte) ce qui représente une surmortalité totale de 4% pour la période. Donc en gros, il y a 4% de décès de plus qu’attendu depuis le début de la pandémie.

Évidemment, tel que prévu, la surmortalité a été très forte au Québec lors de la première vague. Le deuxième trimestre de 2020 a vu une surmortalité de près de 26% (4400 décès de plus qu’attendu) et cela explique en grande partie la surmortalité de près de 10% en 2020 et le recul de l’espérance de vie en 2020. À titre informatif, l’espérance de vie combinée (hommes et femmes) a chuté de 0,6 an pour se situer à 82,3 ans en 2020 (82,9 en 2019) (3).

L’année 2021 a été plutôt bonne car la surmortalité au Québec a été faiblement négative. En gros on estime qu’il y a eu 212 décès de moins qu’attendu. D’ailleurs toujours selon le même bulletin socio-démographique, l’espérance de vie combinée en 2021 a augmenté de 0,7 an pour atteindre 83,0 ans, ce qui est un chiffre plus élevé que 2019. Selon l’Institut, « ce résultat peut s’expliquer par le fait que les décès supplémentaires liés à la COVID-19 ont été compensés par un effet de moisson (devancement de certains décès en 2020) et par l’effet protecteur des mesures sanitaires, qui ont pu faire diminuer la mortalité liée à d’autres causes » (3).

Je fais un petit écart à mon analyse pour comparer la situation chez nos voisins américains. De leur côté, l’espérance de vie combinée a chuté de 1,8 an en 2020 et de 0,9 an en 2021. Toutes ces données proviennent du site du Center for Disease Control (4). Je n’ai malheureusement pas pris le temps d’analyser la surmortalité aux États-Unis, mais il est facile de penser que les chiffres sont probablement le double ou le triple du Québec, surtout pour les années 2020 et 2021.

En 2022, au Québec, la surmortalité semble positive (ce qui en soit n’est pas très positif) et se situe présentement à près de 4,6%. L’année n’est pas complète, alors attendons avant de tirer une conclusion définitive. Mais avec déjà près de 2200 décès supplémentaires par rapport à ce qui est attendu, il serait surprenant que cela n’ait pas un impact significatif sur l’espérance de vie. Le gérant d’estrade en moi s’attendrait à ce que l’espérance de vie recule de 0,2 ou 0,3 an (sachant qu’une surmortalité de 10% a entrainé un recul de 0,6 ans en 2020). Ce qui est particulier, c’est que l’écart entre la surmortalité au Québec et aux États-Unis diminue beaucoup. En fait, la situation est presque similaire (à l’œil du moins).

Si on analyse par trimestre, on verra qu’il y a quatre trimestres où la presque totalité de la surmortalité a été observée : 2e trimestre 2020 (+26,6%), 4e trimestre 2020 (6,4%), 1er trimestre 2022 (5,9%) et 3e trimestre 2022 (7,4%). Attention par contre, car le 3e trimestre 2022 est incomplet. Si on analyse tous les autres trimestres ensemble, la surmortalité est pratiquement nulle. Il sera intéressant de suivre les données dans les mois à venir mais le trimestre récent est quand même inquiétant en termes de surmortalité. Bref, la pandémie n’est pas terminée.

Autre constat, la surmortalité chez les hommes (4800 ou 5,3%) est le double de la surmortalité chez les femmes (2300 ou 2,5%).

Finalement, ma dernière analyse a été de comparer la surmortalité par tranches d’âge. Bizarrement, c’est la tranche d’âge de 0 à 49 ans (bon j’avoue que c’est une tranche plutôt vaste et j’aurais bien aimé qu’elle soit davantage fragmentée) qui a eu le plus de surmortalité en pourcentage. Le taux de surmortalité est de près de 9%, ce qui représente, pour ce groupe d’âge, une surmortalité d’environ 663 personnes de plus que ce qui est normalement attendu. C’est très questionnant et mériterait sûrement d’être étudié plus en profondeur.

Encore plus bizarre, le fait qu’aucune surmortalité n’ait été observée chez le groupe des 50 à 59 ans. En fait, pour ce groupe, les données de surmortalité sont négatives (-0,3%) et le nombre de décès est de 33 de moins que prévu. La surmortalité a été particulièrement négative pour ce groupe en 2021 et est encore négative en 2022. Est-ce qu’il y a une erreur dans les données de l’Institut Statistique du Québec? Mais avouons que c’est quand même surprenant. On pourrait sûrement être tenté de trouver certaines explications intuitives mais ce n’est pas le but de mon article.

Pour les autres tranches d’âge, la surmortalité est relativement proche de la moyenne provinciale pour la période. Pour résumer le tout, je vous présente le petit tableau par groupes d’âge. Je vous rappelle que cela couvre une période allant du 1er janvier 2020 au 13 août 2022.

Groupe d’âgeNombre de décès attendusSurmortalitéSurmortalité en %
0 à 49 ans74126638,94%
50 à 59 ans10123-33-0,33%
60 à 69 ans255588373,27%
70 à 79 ans4317422465,20%
80 à 89 ans5804815272,63%
90 et +4016220235,04%
Total Québec18447772633,94%
Surmortalité selon différents groupes d’âge (source: Institut de la statistique du Québec)

Voilà qui termine mon petit texte. J’espère qu’il vous aura bien informé et que ça suscitera chez vous la réflexion. Pour le reste, je vous laisse en tirer vos propres conclusions…

Voici les sites où j’ai trouvé toutes mes informations.

  1. https://statistique.quebec.ca/fr/document/surmortalite-hebdomadaire
  2. https://statistique.quebec.ca/fr/document/surmortalite-hebdomadaire/publication/surmortalite-un-indicateur-pour-comparer-consequences-pandemie
  3. Bulletin socio-démographique : La mortalité et l’espérance de vie au Québec en 2021, Institut de la statistique du Québec. P.1
  4. https://www.cdc.gov/nchs/pressroom/nchs_press_releases/2022/20220831.htm#:~:text=Life%20expectancy%20at%20birth%20for,2020%20to%2073.2%20in%202021

La Correspondance

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