| Vincent Bouchard, Professeur substitut en intervention plein air au Département des sciences humaines et sociales
Correspondance : Commençons avec la question apparemment toute simple: Qui es-tu, Vincent Bouchard ?
Vincent Bouchard : Je me définis d’abord comme un aventurier aux saveurs libertaires. Non pas parce que je suis motivé par une idéologie anarchiste, mais plutôt en ce sens où l’autonomie, l’indépendance ainsi que l’auto-détermination guident mon parcours. Toujours intrigué par la nouveauté et l’inconnu, c’est cette curiosité, accompagnée d’opportunisme et de stratégie, qui m’a guidé sur différents sentiers et qui m’a mené où je suis aujourd’hui. En rétrospective, je peux affirmer que cette soif de liberté, d’aventure et de risque me définit et guide mon parcours.
D’ailleurs, cette caractéristique identitaire m’a conduit sur plusieurs expéditions de plein air et d’aventure depuis mon adolescence. Alors que je cherchais à me déterminer professionnellement, j’ai emprunté un parcours sinueux entrecoupé de tentatives et de pauses d’études pour me déterminer personnellement. D’expéditions de randonnée dans les alpes européennes à la traversée du Canada à vélo, en passant par des étés à « bummer » dans l’Ouest, le sens que je trouvais de ces expériences est cohérent avec ce que je fais aujourd’hui : la connexion. Connecter avec soi-même. Connecter avec les autres. Connecter avec la nature.
Aujourd’hui, c’est ce que je fais en tant qu’intervenant plein air : je me connecte et j’aide les autres à se connecter (à eux-mêmes, aux autres et à la nature), par des expériences authentiques, sécuritaires et enrichissantes. Mes champs d’expertise vont en ce sens : leadership et logistique d’expédition ; gestion des risques en région isolée ; tourisme de nature et d’aventure.

Et c’est arrivé comment, devenir professeur substitut ?
Je me suis écouté, je me suis placé, j’ai tâtonné, j’ai placé mes pions et je me suis investi… Énormément ! J’ai d’abord dû m’écouter et suivre mon cœur pour prendre la décision de m’orienter vers une carrière peu conventionnelle et encore mécomprise par la plupart des gens, celle de me professionnaliser dans le domaine du plein air (je te l’avais dit, maman, que je réussirai !) Arrivé en tant qu’étudiant au Baccalauréat en intervention plein air (BIPA) avec une volonté de me professionnaliser, mais accompagné d’une nonchalance transparente aux saveurs libertaires, j’ai dû me placer pour démontrer mon sérieux et me démarquer (d’ailleurs, merci à mon collègue David pour la claque dans le visage à la fin de ma première session en tant qu’étudiant au BIPA !). J’ai ensuite tâtonné, saisissant les opportunités qui se présentaient à moi : guide d’aventure (randonnée, motoneige, kayak de mer), assistant de recherche, instructeur, conseiller, aide-pédagogique (merci pour les opportunités, Pascal !), coordonnateur, etc. Ces expériences ont suivi l’entonnoir de mon développement professionnel et ont confirmé mon intérêt pour le poste que j’occupe actuellement. En suivant le conseil d’une collègue inspirante (merci, Lorie !), j’ai placé mes pions de sorte que chaque pas qui foule la terre me rapproche du sommet que je voulais atteindre. Ne me restait plus qu’à m’investir dans cette voie, à fond ! Depuis 2019 jusqu’à l’obtention de mon poste actuel en décembre 2024, j’ai été impliqué à l’Unité d’enseignement en intervention plein air en tant que chargé de cours (j’en ai d’ailleurs tellement enseigné que les étudiants plaisantaient qu’ils faisaient un bac en Vincent Bouchard), auxiliaire d’enseignement ainsi que professionnel de recherche et coordonnateur au Laboratoire d’expertise et de recherche en plein air. Je considère que cet engagement et cette implication sans borne m’ont bien préparé à mon nouveau poste, et je l’intègre avec l’intention d’apporter une contribution significative et positive à mon secteur.
Pourquoi fais-tu ce que tu fais ?
Je crois en la force des connexions (à soi-même, aux autres et à la nature) et je crois au pouvoir que la nature exerce sur ces connexions. Face à une expérience en nature, dans l’aventure et dans l’adversité, et face à une expérience d’intensité sociale commune et partagée, la vraie nature se révèle (celle qui nous entoure et celle que l’on a en dedans). Pour moi, c’est ça la richesse de mon travail, soit d’aller à la rencontre de soi-même et des autres, à visage découvert et dans un environnement à la fois hostile et apaisant, soit de rendre ces expériences accessibles à un plus grand nombre. Je crois profondément que cette vulnérabilité et ces contrastes, lorsque bien déployés, forgent de meilleurs individus. C’est un privilège pour moi d’en témoigner aux premières lignes, de voir l’évolution de nos étudiantes et de nos étudiants pendant leur cheminement dans nos programmes, de les voir se découvrir, s’épanouir, se réaliser, devenir une meilleure version de leur personne et savoir qu’ils contribueront à ceci à leur tour. C’est tout autant un privilège de savoir que je contribue à la structuration d’un secteur encore jeune et en pleine effervescence, et que ces efforts de structuration rendent les expériences de plein air sécuritaires et accessibles à un plus grand nombre et contribuent, par le fait même, au bien-être individuel et collectif.
Un mot pour conclure ?
Pour moi, la carrière professorale est cohérente avec qui je suis. Elle est le fruit d’un parcours parsemé d’aventures et d’opportunités et elle est prometteuse d’un sentier rempli de défis, de risques, d’opportunités et de changements positifs. Je m’y engage avec assurance, avec passion et avec dévouement, en étant tout autant curieux et intrigué de découvrir les obstacles et les beaux paysages de son sentier.
D’ailleurs, il me ferait plaisir d’échanger sur d’éventuelles collaborations en lien avec mes créneaux. J’en profite pour signaler, aux collègues, mes intérêts envers la gestion des risques en régions isolées, la planification et l’encadrement d’activités de plein air ainsi que le tourisme de nature/aventure.