| Stéphane Allaire, professeur en pratiques éducatives au Département des sciences de l’éducation
Ce texte présente une brève réflexion à propos de ce qui me semble être un paradoxe entre les finalités individuelles valorisées par notre système d’éducation formelle et la nécessité collective pour composer avec l’effondrement – qu’il soit écologique, social ou institutionnel – que nous voyons poindre.
Dans un monde confronté à des défis globaux de taille, c’est un secret de polichinelle, les problèmes tels que les changements climatiques, l’épuisement des ressources ou les inégalités sociales exigent des actions concertées. En effet, ces problématiques, par leur complexité intrinsèque, nécessitent un engagement de personnes provenant d’horizons et de disciplines variés; mais je dirais surtout un ralliement commun. Or, la formation universitaire, notamment au baccalauréat, met principalement au cœur de son fonctionnement une approche qui préconise l’apprentissage individuel.
Bien que le travail en équipe et d’autres pédagogies coopératives ou collaboratives soient de plus en plus utilisées dans le cursus universitaire, l’accent reste essentiellement mis sur l’évaluation des acquis individuels des étudiants. Les compétences, les connaissances et, de façon plus générale la performance, sont saisies en se concentrant sur ce que chaque personne apprend. La principale preuve en est qu’au terme d’un cours, seule une cote individuelle est attribuée. La quête académique est très personnelle.
Aux cycles supérieurs, le fonctionnement est un peu différent du fait qu’on implique les étudiants-chercheurs dans des projets qui visent à repousser les frontières de la connaissance. Néanmoins, l’évaluation des personnes demeurent essentiellement individuelle.
Ce mode de fonctionnement révèle un paradoxe fondamental entre la finalité générale de l’enseignement supérieur – contribuer à l’essor de l’individualité intellectuelle – et la nature fondamentalement collective des efforts nécessaires pour répondre aux enjeux mondiaux.
Si l’on aspire à une université qui contribue encore davantage que présentement à l’élaboration d’idées ou de solutions innovantes pour un avenir sociétal durable, il me semble primordial de repenser sa principale finalité. Au cœur de cet ajustement, pourrait se trouver la valorisation de réalisations collectives ainsi que la place et l’apport que chacun y a.
Pour y parvenir, cela impliquerait de revisiter les assises de la pédagogie universitaire pour y intégrer des pratiques permettant de se focaliser sur l’avancement collectif. Formulé de façon métaphorique, nous aurions besoin d’un relevé de notes collectif. Ce faisant, l’université insufflerait une dynamique de cocréation, ce qui prédisposerait davantage les étudiants à contribuer à l’aplanissement de défis mondiaux.
